Vivre le deuil

Vivre le deuil

Vivre un deuil : ce qui se passe, ce qui aide, quand demander de l’aide

Il n’existe pas de bonne façon de traverser la perte d’un proche. Il existe en revanche des repères pour comprendre ce que l’on vit, et pour savoir quand ne pas rester seul.

Gouttes de pluie sur une vitre, ville floue en arrière-plan
Repères documentés

Ce que le deuil fait au corps et à l’esprit

Le deuil n’est pas seulement de la tristesse. Il touche tout l’être, et souvent de manière déroutante. Beaucoup de personnes endeuillées décrivent :

  • des émotions qui se succèdent sans logique : chagrin, colère, culpabilité, soulagement parfois (après une longue maladie), engourdissement, peur ;
  • un corps qui proteste : fatigue profonde, sommeil perturbé, appétit modifié, gorge serrée, douleurs diffuses ;
  • une pensée qui s’éparpille : difficultés à se concentrer, oublis, impression d’irréalité, besoin de se raconter les derniers jours encore et encore ;
  • des moments de « présence » : sentir la personne près de soi, entendre sa voix, la chercher du regard dans la foule. Ces expériences sont très fréquentes et ne signifient pas que l’on « perd la tête » (nous y revenons dans Les questions de l’après).

Ces réactions sont des réponses normales à une perte. Elles peuvent être intenses au début, puis arriver par vagues, déclenchées par une chanson, une odeur, une date.

Les « étapes du deuil » : un modèle, pas un mode d’emploi

Le schéma le plus célèbre (déni, colère, marchandage, dépression, acceptation) vient du livre de la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross, On Death and Dying, publié en 1969. Il décrivait d’abord ce que traversaient des personnes gravement malades face à leur propre mort, et non des endeuillés. Il a ensuite été appliqué au deuil, au point de devenir une sorte de norme.

Or les recherches menées depuis montrent que le deuil ne suit pas une séquence fixe : on peut ne jamais ressentir de colère, revenir en arrière, vivre plusieurs choses le même jour. Deux idées issues de la recherche sont souvent plus utiles :

  • Le modèle du double processus (Margaret Stroebe et Henk Schut, 1999) : on oscille entre des moments tournés vers la perte (pleurer, se souvenir) et des moments tournés vers la reconstruction (les démarches, la vie qui continue). Cette alternance est saine ; s’accorder des pauses n’est pas « fuir ».
  • Les liens continus (Dennis Klass, Phyllis Silverman et Steven Nickman, 1996) : faire son deuil ne veut pas dire couper le lien avec la personne disparue, mais le transformer. Lui parler, garder ses objets, continuer certaines traditions est fréquent et peut aider.
Votre deuil n’a pas à ressembler à un schéma. Il a le droit d’être le vôtre.
Personne marchant seule sur une allée en forêt

Combien de temps dure un deuil ?

Il n’y a pas de délai « normal », et les injonctions du type « il faut tourner la page » font souvent plus de mal que de bien. Pour la plupart des personnes, la douleur reste présente mais devient progressivement plus supportable au fil des mois : elle prend moins de place, laisse revenir l’envie, l’élan, les projets. Les dates (anniversaires, fêtes) peuvent raviver la peine pendant des années, et c’est attendu.

Chez une minorité de personnes, la souffrance reste envahissante et empêche de vivre longtemps après le décès. Les classifications médicales parlent alors de trouble du deuil prolongé : la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé retient une durée d’au moins 6 mois après le décès, le DSM-5-TR (2022) au moins 12 mois chez l’adulte, avec un désir intense de la personne disparue ou une préoccupation constante à son sujet, et une souffrance qui altère la vie quotidienne. Une méta-analyse (Lundorff et coll., 2017) estimait qu’environ une personne endeuillée sur dix serait concernée après un décès de cause naturelle ; le risque est plus élevé après une mort brutale ou la perte d’un enfant.

À retenirCe repère n’est pas un diagnostic à se poser soi-même. Il sert à une chose : savoir qu’une aide existe si, après plusieurs mois, la douleur ne laisse plus aucune place au reste.

Ce qui aide au quotidien

  • Prendre soin des bases. Manger un peu, boire de l’eau, marcher dehors, dormir quand c’est possible. Le deuil fatigue autant qu’une maladie.
  • Dire ce que l’on vit à quelqu’un. Un proche, un groupe de parole, une ligne d’écoute. Raconter, même plusieurs fois la même chose, fait partie du chemin.
  • Reporter les grandes décisions (déménager, vendre, tout trier) quand c’est possible.
  • Préparer les dates difficiles plutôt que de les subir : voir traverser l’anniversaire d’un décès.
  • Donner une forme à ce qui déborde : écrire, fabriquer, créer un rituel. Voir Rituels et deuil créatif.
  • Se méfier de l’alcool et des somnifères pris sans avis médical, qui soulagent sur le moment et compliquent souvent la suite.

Quand demander l’aide d’un professionnel

Parler à votre médecin traitant, à un psychologue ou à un psychiatre est utile, et non un aveu de faiblesse, notamment si :

  • vous avez des idées de mort ou l’envie de « rejoindre » la personne disparue ;
  • vous ne parvenez plus à manger, à dormir ou à vous occuper de vous ou de vos enfants ;
  • la consommation d’alcool, de médicaments ou d’autres produits augmente ;
  • plusieurs mois après, la douleur reste aussi vive qu’au premier jour et vous isole de tout.
Besoin de parler maintenant ?France : 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit) · Belgique : Centre de Prévention du Suicide 0800 32 123 · En cas d’urgence : 112. Toutes les lignes d’écoute
Sources
  1. Kübler-Ross E., On Death and Dying, Macmillan, 1969.
  2. Stroebe M., Schut H., « The dual process model of coping with bereavement », Death Studies, 1999.
  3. Klass D., Silverman P., Nickman S. (dir.), Continuing Bonds: New Understandings of Grief, Taylor & Francis, 1996.
  4. Organisation mondiale de la santé, CIM-11, code 6B42 « Trouble du deuil prolongé ».
  5. American Psychiatric Association, DSM-5-TR, 2022.
  6. Lundorff M. et coll., « Prevalence of prolonged grief disorder in adult bereavement: a systematic review and meta-analysis », Journal of Affective Disorders, 2017.

Ce contenu informe et oriente ; il ne remplace pas un avis médical ou psychologique.