Deuil périnatal : reconnaître et traverser la perte d’un bébé
Une fausse couche, une interruption médicale de grossesse, un bébé mort avant ou peu après la naissance : ce sont de vrais deuils, même quand l’entourage ne les voit pas.

De quoi parle-t-on ?
On parle de deuil périnatal pour la perte d’un enfant pendant la grossesse, à la naissance ou dans les premiers jours de vie. Cela recouvre des situations très différentes :
- la fausse couche, le plus souvent au premier trimestre, très fréquente et pourtant rarement évoquée ;
- l’interruption médicale de grossesse (IMG), décidée en raison d’une maladie grave du fœtus ou d’un danger pour la mère, souvent vécue dans une grande solitude ;
- la mort in utero, quand le cœur du bébé s’arrête avant la naissance ;
- le décès néonatal, dans les jours ou semaines qui suivent la naissance.
Le chagrin ne se mesure pas au nombre de semaines de grossesse. Ce qui est perdu, c’est un enfant, mais aussi des projets, une place dans la famille, parfois un sentiment de sécurité dans son propre corps.
Une perte souvent invisible
Beaucoup de parents racontent ne pas avoir eu le droit d’être tristes : peu de personnes avaient vu le bébé, il n’y a pas toujours eu de cérémonie, et les phrases maladroites fusent (« vous en aurez d’autres », « c’était tôt »). Les pères et co-parents sont parfois oubliés, comme si la perte ne concernait que la mère. Nommer ce deuil, c’est déjà commencer à le reconnaître.
Les premiers jours
À la maternité, les équipes proposent souvent aux parents de voir leur bébé, de le prendre dans les bras, de lui donner un prénom, de garder des traces (photos, empreintes, bracelet de naissance, mèche de cheveux). Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise décision : chaque parent fait ce qui lui est possible. Si vous n’êtes pas prêts sur le moment, demandez si les traces peuvent être conservées par l’équipe quelque temps.
Le corps de la mère, lui, continue sa route : montée de lait, saignements, fatigue. N’hésitez pas à demander un suivi (sage-femme, médecin) et un accompagnement psychologique, souvent proposé par la maternité.

Les démarches en France et en Belgique
En France
- L’acte d’enfant sans vie peut être établi par l’officier d’état civil sur présentation d’un certificat médical d’accouchement délivré par la maternité. Il permet d’inscrire un ou des prénoms et, depuis la loi du 6 décembre 2021, le nom de famille. L’enfant peut aussi être inscrit sur le livret de famille.
- Les obsèques : les parents peuvent organiser des funérailles ou confier le corps à l’établissement de santé, qui prend en charge la crémation ou l’inhumation. Renseignez-vous auprès de la maternité sur les délais.
- Après une fausse couche, depuis le 1er janvier 2024, l’arrêt de travail prescrit est indemnisé sans jour de carence (loi du 7 juillet 2023).
- Les droits aux congés (maternité, paternité, congé de deuil) dépendent du terme et de la situation : consultez la fiche à jour de service-public.fr ou votre caisse d’assurance maladie.
En Belgique
- Depuis 2019, un acte d’enfant né sans vie peut être établi à partir de 140 jours de grossesse (de manière facultative), et il est obligatoire à partir de 180 jours. Il peut mentionner un prénom et, si les parents le souhaitent, un nom de famille. Le service de l’état civil de votre commune vous indiquera la procédure.
- Les droits aux congés et aux indemnités dépendent de la durée de la grossesse : votre mutualité peut vous renseigner.
Le couple, les aînés, la grossesse suivante
Dans le couple, chacun vit souvent la perte à son rythme : l’un a besoin d’en parler, l’autre se réfugie dans l’action. Ce décalage est fréquent et ne veut pas dire que l’autre souffre moins. Se le dire peut éviter bien des malentendus.
Les aînés sentent que quelque chose de grave est arrivé. Leur dire simplement que le bébé est mort, qu’ils n’y sont pour rien, et les associer s’ils le souhaitent (dessin, bougie) les aide (voir accompagner un enfant endeuillé).
Une nouvelle grossesse mêle souvent joie et peur. Il n’y a pas de « bon délai » sur le plan émotionnel, et le nouvel enfant ne « remplace » pas celui qui est parti. Parlez de vos craintes à l’équipe qui vous suit : un accompagnement spécifique est souvent possible.
Où trouver de l’aide
- La maternité qui vous a suivie : psychologue, sage-femme, parfois groupes de parole.
- En France, des associations spécialisées dans le deuil périnatal, comme AGAPA (accompagnement après une fausse couche, une IMG ou un deuil périnatal), SPAMA (soins palliatifs et accompagnement en maternité) ou Petite Émilie, proposent écoute, groupes de parole et rencontres entre parents.
- En Belgique, demandez à votre maternité ou à votre médecin les groupes de parole de votre région. Télé-Accueil (107) offre une écoute anonyme 24 h/24.
- Un psychologue formé à la périnatalité si la douleur reste très lourde au fil des mois.
Pour l’entourage
Dites le prénom du bébé s’il en a un. Reconnaissez la perte (« Je suis tellement désolé pour votre fille »). Évitez les comparaisons et les « au moins ». Souvenez-vous de la date du terme prévu et de celle du décès : ce sont souvent des jours très difficiles. Plus de conseils dans Accompagner un proche.
- Loi n° 2021-1576 du 6 décembre 2021 visant à nommer les enfants nés sans vie (France).
- Loi n° 2023-567 du 7 juillet 2023 visant à favoriser l’accompagnement psychologique des femmes victimes de fausse couche (France).
- Service-public.fr, « Acte d’enfant sans vie » (fiche officielle).
- Belgique : réforme de l’acte d’enfant né sans vie, en vigueur depuis le 31 mars 2019 (renseignements : service de l’état civil de votre commune, SPF Justice).
Ce contenu informe et oriente ; il ne remplace pas un avis médical ou psychologique. Souffle d’Étoiles est un média indépendant, sans lien avec l’ancienne association Souffle d’Étoiles AISBL.